Adresse du Comité Fédéral National du POID Septembre 2018

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Préparons ensemble le IIIe Congrès du POID, congrès ouvrier, congrès pour le parti ouvrier

Le comité fédéral national (CFN) réuni les 15 et 16 septembre s’adresse à tous les adhérents du POID et aux lecteurs de La Tribune des travailleurs. Notre IIIe Congrès se tiendra les 19 et 20 janvier 2019.
Nous tiendrons un congrès de parti. Cela pourrait paraître une banalité.
C’est pourtant aujourd’hui une prise de position politique.
De toutes parts, on nous vante le « mouvement », la démocratie du « clic ». La notion de parti est brocardée.
Pour notre part, nous revendiquons le droit des travailleurs à s’organiser en parti.
Dans une société divisée en classes aux intérêts opposés, la classe ouvrière a le droit – et le devoir – de disposer d’un ou de partis à elle.
L’offensive engagée contre la notion même de parti – et contre l’existence des organisations syndicales – est une atteinte aux intérêts ouvriers et aussi à la démocratie politique.
C’est pourquoi, nous ferons de notre congrès une affaire publique. La Tribune des travailleurs se fera l’écho des discussions préparatoires. Nous invitons les militants de toutes tendances à participer à notre réflexion sur la construction d’un authentique parti ouvrier dont la classe ouvrière a tant besoin.

Une crise majeure – financière, économique, sociale – est imminente

Les capitalistes eux-mêmes le disent : une crise majeure est devant nous.
Il y a dix ans jour pour jour, l’effondrement des grandes banques américaines entraînait une réaction en chaîne. Dans le monde entier, des dizaines de millions d’emplois étaient détruits, des économies entières ravagées, les fonds publics pillés pour renflouer les banques en faillite et les spéculateurs.
Dix ans ont passé. Quelle est la situation ?
Les cent entreprises les plus importantes des Bourses mondiales ont connu une véritable explosion de leur capitalisation boursière.
Les dividendes versés aux actionnaires augmentent partout dans le monde. Pour le seul deuxième trimestre 2018, 500 milliards de dollars de dividendes ont été versés aux actionnaires des grandes entreprises.
L’endettement global mondial représente maintenant 3,5 fois le PIB mondial.

Cette énorme bulle de la dette – plus de 300 000 milliards de dollars – approche du moment où, d’une manière ou d’une autre, elle va exploser.
Tous annoncent une crise pire que celle de 2008.
Les travailleurs et les jeunes n’ont pas oublié comment la crise de 2008 a été « résolue ».
D’un côté, le parasitisme a connu une croissance sans limite. L’économie d’armement n’a cessé d’enfler. Trump exige de tous les « alliés » de l’impérialisme américain qu’ils augmentent leur budget militaire à hauteur de 2 % du PIB et demain, de 4 %.
Les gouvernements prévoient maintenant d’engager des sommes gigantesques dans la « guerre de l’espace ».
De l’autre côté, pour les travailleurs et les peuples, les attaques et les coups les plus brutaux se sont succédé.

La guerre s’est étendue sur toute la planète. Des dizaines de millions de personnes sont jetées sur les routes de l’exil. Les marchés aux esclaves ont refait officiellement leur apparition. Les migrants sont soumis aux pires atrocités et à la mort.
Une vaste offensive de déréglementation est engagée qui remet en cause, les uns après les autres, tous les droits ouvriers. La pauvreté s’étend sur tous les continents y compris dans les grandes métropoles capitalistes touchant un pourcentage toujours grandissant de la population.

Dans notre pays, au cours de cette décennie les gouvernements successifs ont multiplié les lois démantelant les droits collectifs et se sont brutalement attaqués à la santé, à la Sécurité sociale, à l’école et aux libertés démocratiques.
Tout cela pour que, dix ans après, la crise resurgisse en pire.
Tous ces faits (et d’autres) le démontrent : entre les exploiteurs et les exploités, entre les oppresseurs et les opprimés, les intérêts sont irrémédiablement contradictoires.

Alors que l’on ne nous dise pas que la lutte de classe a disparu !

Les faits sont là, indiscutables : le système capita-liste entraîne l’humanité à l’abîme.
Pour empêcher cela, il faut en finir avec le régime de l’exploitation de l’homme par l’homme.
À l’origine, tous les courants du mouvement ouvrier partageaient un même objectif : l’appropriation collective des moyens de production, leur socialisation, les producteurs librement associés arrachant le pouvoir des mains des exploiteurs. Nous continuons à faire nôtre cette perspective.
Notre parti combat pour le socialisme, la République et la démocratie.

Le gouvernement Macron est un gouvernement de guerre de classe

Le gouvernement Macron vient de présenter son « plan pauvreté ».
Au même moment, il accélère la préparation de sa contre-réforme des retraites qui, si elle était appliquée, jetterait les familles ouvrières dans la misère, et il annonce son plan santé qui exclura du droit aux soins des millions de travailleurs et leurs familles.
Le « plan pauvreté » ? La Tribune des travailleurs, notre journal, a établi, faits et preuves à l’appui, qu’il s’agit en réalité d’un plan de remise en cause des droits sociaux. Les annonces mêmes du gouvernement démontrent son caractère de classe.
D’un côté, entre les exonérations de cotisations sociales ou de charges fiscales et les aides multiples qui leur sont accordées, les patrons prélèvent 340 milliards d’euros supplémentaires par an sur notre force de travail.
De l’autre, le gouvernement dans sa grande miséricorde annonce 2 milliards d’euros par an pour les pauvres !
Face à cette politique de classe, les travailleurs ne quémandent pas un « partage ».
En combattant pour leurs droits, ils revendiquent de retrouver ce qui leur est dû.

Préparer la contre-offensive ouvrière

Nul ne peut contester que le mouvement ouvrier et les travailleurs sont confrontés à des questions difficiles. Alors que le gouvernement s’apprête à porter un coup d’une gravité extrême aux droits collectifs en s’attaquant à nos régimes de retraite, il ne trouve pas – à ce jour – face à lui le bloc soudé des travailleurs et des organisations.
La responsabilité n’en incombe pas aux travailleurs. Mais le fait est qu’aux sommets du mouvement ouvrier, à cette heure, ce sont les tergiversations, l’attentisme et la concertation qui l’emportent sur la nécessaire préparation de la mobilisation de millions et de millions de travailleurs dans l’unité pour faire reculer Macron. La division, les faux-fuyants devront être surmontés.
Pour mener le combat pour l’unité, il faut être indépendant du gouvernement, aspirer au combat contre lui, vouloir la victoire.

 

Ce qui appelle l’indépendance vis-à-vis des institutions

Il n’y a pas de politique ouvrière réelle qui n’ait pour point de départ l’indépendance vis-à-vis des institutions que se sont donné les capitalistes pour assurer leur domination. Ces institutions ont un nom : la Ve République et l’Union européenne. Pas de politique ouvrière sans rompre avec ces institutions.

Dehors Macron !

L’affaire Benalla est révélatrice. Le président de la République était le premier concerné. Des commissions parlementaires du Parlement croupion se sont tenues. Elles n’ont pas convoqué celui qui aurait dû être mis en accusation. Le monarque sans couronne est intouchable.
Force est de constater que respectueux de ce cadre, pas un député n’a – lors de la commission parlementaire – demandé la comparution du président-Bonaparte, ce qui serait l’exigence minimum de la démocratie.
Le Parti ouvrier indépendant démocratique a manifesté le 13 mai – avec des milliers de travailleurs de toutes tendances – pour dire : Macron, un an, ça suffit !
Ce président est illégitime. Il n’a été élu qu’avec l’appui de tous les partis institutionnels qui ont appelé à voter pour lui au nom du « moindre mal » face au Front national.
Minoritaire et rejeté dans le pays, il doit être chassé. Maintenant ! Tout de suite !
Avec ce monarque, ce sont les institutions de la Ve République elles-mêmes qu’il faut balayer. Sinon, il ne restera rien des conquêtes sociales et démocratiques dans ce pays.
La démocratie appelle la convocation d’une Assemblée constituante souveraine, élue à la proportionnelle intégrale.
La démocratie appelle à ce que le gouvernement soit responsable devant l’Assemblée constituante.
Pour notre part, nous ne cachons pas qu’à notre avis ce gouvernement devrait être un gouvernement ouvrier. Depuis des décennies, tous les gouvernements qui se sont succédé ont été des gouvernements au compte de la classe capitaliste. Il est temps qu’un gouvernement prenne les mesures en faveur des intérêts de l’immense majorité. Il ne saurait être qu’ouvrier.

À bas l’Union européenne !

Pour être pleinement souveraine, la Constituante ne saurait accepter de règles qui lui soient imposées de l’extérieur. Elle devra donc se dégager de tous les traités de l’Union européenne et les abroger. L’Assemblée constituante souveraine devra briser le cadre institutionnel de l’Union européenne, mis en place sous l’égide de l’impérialisme américain, avec un objectif majeur : appliquer les plans qu’exige le capital en crise, imposer une baisse permanente du coût du travail.

Cette Europe n’est pas la nôtre

Notre parti a soutenu le combat des travailleurs anglais pour le Brexit. Le vote ouvrier a imposé la victoire du Brexit contre les sommets du mouvement ouvrier. L’Union européenne et ceux qui se couchent devant elle s’acharnent à vouloir remettre en cause ce vote. L’Union européenne totalitaire n’accepte pas les votes des peuples qui lui sont contraires.
Notre parti s’honore d’avoir organisé le seul meeting internationaliste à Paris en soutien aux militants ouvriers britanniques luttant pour le Brexit.
Notre parti a, dès le début, pris inconditionnellement position aux côtés du peuple catalan luttant pour son droit imprescriptible à décider librement de son sort.
Nous avons manifesté aux cris de : République catalane, Républiques dans toute l’Espagne !
L’Union européenne, c’est sa fonction, s’est rangée aux cotés des institutions de la monarchie franquiste et de ses forces de répression contre le peuple catalan et la République. Mais force est de constater le silence complice de toutes les organisations qui ont leur origine dans les partis issus du mouvement ouvrier. Tous respectueux des institutions de l’UE, ils ont trahi le combat de la République contre les franquistes.
Notre parti a participé, avec d’autres militants français, à la rencontre européenne rassemblant des délégations de 17 pays pour affirmer : cette Europe n’est pas la nôtre ! Oui à l’union libre des peuples et des nations libres et souveraines débarrassées des traités et de l’Union européenne !
Nul ne peut prétendre mener une lutte contre la classe capitaliste et ses plans sans porter accusation contre l’Union européenne, ses directives.
C’est ce que nous dirons avec des militants de toute l’Europe lors du meeting internationaliste du 11 mai prochain à Strasbourg.

L’heure des plus grands combats approche

Le CFN du POID s’adresse à tous les lecteurs de La Tribune des travailleurs, aux travailleurs, aux militants de toutes tendances qui cherchent les voies du combat efficace pour faire reculer Macron sur sa réforme des
retraites, comme première étape de la contre-offensive ouvrière.
L’heure des plus grands combats approche. Il faut les préparer. Il faut s’y préparer.

Préserver les organisations indépendantes

Le capital ne cache pas sa volonté d’en finir avec les organisations dont les travailleurs se sont dotés au cours d’une lutte de classe séculaire. Le Figaro (12 Septembre) appelle « à la défaite du syndicalisme » des organisations qui « se revendiquent toujours de la Charte d’Amiens » car celle-ci « prépare l’émancipation intégrale des travailleurs qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste. »
Quelle que soit la tendance du mouvement ouvrier à laquelle on appartienne, il est évident que la lutte pour défendre les organisations de la classe ouvrière passe par le refus de toute forme de « dégagisme » à l’intérieur des organisations syndicales qui contribuent à les émietter, à les disloquer.
La lutte pour préserver l’indépendance des organisations syndicales pose également la question du rejet de la concertation.

« L’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes »

S’il est bien une leçon à dégager de la récente grève des cheminots (comme d’ailleurs des combats de classe sur les retraites au cours des trente dernières années), c’est que les travailleurs doivent pouvoir décider librement de leur action.
Ils devront pouvoir la contrôler. Ils ont raison ces travailleurs de toutes tendances qui, pour préparer les combats de demain, se constituent en comités pour l’unité pour « Ne touchez pas à nos retraites ! ».
Cela afin, comme le disent des travailleurs hospitaliers, « d’avoir demain la liberté de faire des initiatives décidées par les grévistes ».
Le CFN invite tous les comités du POID à prendre toutes les initiatives nécessaires pour assurer le succès le plus large de la rencontre nationale du 20 octobre pour l’unité, car seule l’unité à tous les niveaux sur des mots d’ordre clairs pourra bloquer la contre-réforme des retraites.

Disposer d’un parti fidèle aux intérêts ouvriers

Pour ces combats de classe à venir, les travailleurs doivent pouvoir disposer d’un parti fidèle aux intérêts ouvriers. Nous ne prétendons pas que la tâche soit facile. Il faut lutter contre la décomposition que la société capitaliste génère, contre le dégagisme qui disloque les organisations. La longue histoire du mouvement ouvrier nous apprend que la classe ouvrière n’est rien sans organisation.
À tous ceux qui estiment que les travailleurs ont le droit de disposer d’un ou de partis ouvriers, nous proposons de discuter fraternellement dans le cadre de la préparation du IIIe Congrès du POID (19 et 20 janvier 2019).
Une tribune libre permanente dans le journal La Tribune des travailleurs sera ouverte à tous ceux qui entendent débattre autour de l’affirmation : « La classe ouvrière a besoin d’un ou de partis ».
Le Parti ouvrier indépendant démocratique, parti internationaliste, est membre du Comité ouvrier international contre la guerre et l’exploitation. Nous inviterons les militants ouvriers d’autres pays, en particulier ceux d’Europe avec lesquels nous préparons le meeting du 11 mai à Strasbourg, à assister à nos travaux et à nos débats.

Adoptée à l’unanimité par le comité fédéral national (CFN) du POID. Paris, le 16 septembre 2018, 11 heures